Le musée du Bardo

Le musée du Bardo fait partie du riche patrimoine culturel et architectural de la ville d’Alger. En parcourant ses galeries spacieuses, «ghorfate», qui sont des chambres de style andalou-mauresque d’un palais envoûtant érigé vers 1790, le visiteur a l’im- pression de plonger dans les profondeurs du fabu- leux passé de l’humanité. De la préhistoire à l’ère où la Régence d’Alger régnait en maître sur toute la Méditerranée, en passant par l’âge d’or de l’islam, c’est comme un voyage dans le temps à travers les différentes époques de l’histoire… Le seul fait intriguant, c’est que, de nos jours, le Bardo est hélas très peu convoité.

S’il est certain que l’imposante demeure qui abrite le musée national du Bardo d’Alger a été bâtie à la n du XVIIIe siècle, les historiens suggèrent forte- ment que le premier propriétaire de ce palais était un riche Tunisien exilé, au nom de Hadj Ben Omar. Ce «djenane» devait servir à ce prince d’origine otto- mane de résidence d’été pour l’accueil des notables de l’époque. En 1879, 49 ans après l’invasion française de l’Al- gérie, une extension de la villa a été opérée par son dernier propriétaire, un Français nommé Joret. Celle-ci lui servait d’écurie et de remise. En 1930, lorsque l’édi ce fut inauguré comme musée de préhistoire et d’ethnogra- phie à l’occasion du centenaire de la

colonisation en Algérie, le Bardo ou- vrit ses portes à l’exposition des col- lections ethnographiques, tandis que son extension était consacrée à la pré- histoire. Il faut retenir cependant que les autorités coloniales occupantes, en érigeant le Bardo en musée, n’avaient pour seul objectif que de glori er la colonisation. Il a fallu attendre le 1er septembre 1985 pour que ce palais soit classé «Monument historique», et moins de 3 mois plus tard, soit le 12 novembre 1985, cette institution culturelle fut instituée «Musée natio- nal à vocation internationale», en ver- tu du décret numéro 85-280.

Le cri d’une maman : «Emmenez vos en- fants aux musées ! »

Destination par excellence pour tous ceux qui aiment ou désirent voyager dans le temps, le musée du Bardo de- meure, malheureusement, boudé chez une majorité écrasante des Algérois. Un simple sondage, improvisé par nos soins, nous fait constater que, sur la vingtaine de personnes interrogées, deux d’entre elles seulement avouent avoir déjà visité le Bardo. «J’entends parler du musée du Bardo, je connais

même l’endroit puisque il m’arrive souvent de passer à côté, mais je n’ai jamais cru utile d’y jeter un coup d’œil», avoue, confuse, Amel, psychologue de 27 ans. Cette ensei- gnante à l’école des non-voyants d’El Achour, bien que native d’Alger, af- rme que cette «culture» n’est guère ancrée dans les mœurs de la famille algérienne. «Je crois que c’est la faute de mes parents. Surtout mon père qui, bien qu’instruit, ne nous a pas incul- qué la culture des musées», se justi e- elle, non sans rappeler que sa seule vi- site d’une structure culturelle pareille remonte à 10 ans, au musée de Tipaza,

lors d’un séjour estival dans cette ville doublement millénaire, et importante cité de l’empire romain. Quant à cette «blogueuse» qui anime un site dédié exclusivement à la «maman algé- rienne», elle n’hésite pas à sensibiliser les familles quant à l’utilité de visiter les musées. «Je me rappelle quand j’étais jeune, mon père nous emmenait visiter le musée du Moudjahid à Riad el Fath. On allait presque une fois par mois. Ensuite, on partait jouer dans la forêt ou faire un crochet au Jardin d’Essai avec mes cousines. On partait à la Casbah voir le musée de Dar Khdaoudj El Amia…», écrit cette

mère de famille, avant de s’interroger : «Est-ce que la maman algérienne d’aujourd’hui emmène ses enfants vi- siter les musées ? Moi, j’ai pro té des vacances pour emmener mes enfants à Riad El Fath, je ne m’attendais vrai- ment pas à leurs réactions. Ils regar- daient l’épée de l’Emir Abdelkader avec surprise et n’arrêtaient pas de me poser des questions. Ils faisaient le rapport avec leur cours d’histoire ! Franchement, c’était satisfaisant. Aussi, je vous conseille vivement de faire visiter nos musées à vos enfants, c’est vraiment très instructif.»

Bonk El kobba et le squelette de Tin Hinan

Le Bardo, l’un des plus célèbres musées méditerranéens, recèle des collections préhistoriques d’une valeur inestimable. Cette structure du patrimoine historique national et international, comprend des objets paléolithiques et néolithiques que les archéologues ont découverts en Algérie et dans d’autres contrées du continent africain. Une belle collection de gurations préhistoriques et d’œufs d’autruches, utilisés comme bouteilles par les hommes préhistoriques, sont jalousement gardés au musée du Bardo. Généralement, les objets préhistoriques proviennent des fouilles ou sont acquis dans le cadre d’échanges avec les institutions des pays étrangers. Quant aux pièces ethnographiques, elles sont acquises par achat ou reçues comme des dons. Toutefois, la pièce maîtresse du musée demeure le squelette de Tin Hinan, la célèbre reine des Touareg.

 C’est dire l’immense richesse historique de ce haut lieu de la mémoire nationale. On y trouve de tout. Du crane d’un humain de plusieurs dizaines de milliers d’années, ayant vécu quelque part en Afrique, aux outils de chasse et de guerre en silex du néolithique, en passant par les envoûtantes toilettes féminines d’Al Djazaïr du XIXe siècle.

 «Je suis subjuguée par cette chambre nuptiale du vieil Alger, par ce «bonk el kobba» (lit à dôme), ou encore par ces jolies lles (en cire), vêtues selon la tradition ‘casbadjie’», avoue Zineb, l’unique personne rencontrée lors de notre visite au musée. Cette quinquagénaire n’omet pas de signaler aussi qu’elle découvrait le musée pour la première fois !

Le Bardo rouvre en fin ses portes… après six ans !

Après six longues années de restauration, le Bardo a rou- vert ses portes au public le 20 avril 2013. «Le musée du Bardo n’est pas un simple monument. C’est un complexe monumental», avait indiqué alors Khalida Toumi, ministre de la Culture. À cette occasion, un catalogue a été publié par le ministère de la Culture et le Musée national du Bar- do. L’ouvrage revient sur toutes les étapes des réalisations effectuées (du chantier jusqu’à la réhabilitation du Bardo dans son élément). «Il montre d’une manière concrète

le processus de formation et de transformation de cette demeure», note Fatima Azzoug, conservatrice du musée, dans la préface. Et d’ajouter : «Durant ces travaux, les entrepreneurs, artisans et artistes sont passés par plu- sieurs phases : travaux de restauration (dissection du bâti pour une intervention chirurgicale et la mise aux normes). Grâce à ce travail minutieux, ils ont découvert des secrets enfouis dans les entrailles de cette demeure, notamment des galeries, les anciens niveaux des cours et les systèmes d’évacuation : caniveaux en pierre, buses en terre cuite et un regard en terre cuite. Une enveloppe de 190 millions de DA a été allouée au projet.»

Le musée du Bardo

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